Gouvernances et démarches territoriales concertées, conditions de performance et valeurs ajoutées : Une analyse à la lumière de recherches sur la performance collective, la coordination et les différentes formes de compétences collectives

Résumé : Ce dossier d’HDR est divisé en quatre chapitres distincts.Le premier chapitre du dossier permet de recontextualiser les démarches territoriales concertées dans le temps. Ces démarches découlent d’une territorialisation de l’action publique qui a conduit depuis une quinzaine d’années à mettre en place ou à faire émerger des gouvernances territoriales locales transversales entre acteurs publics, parapublics (au sens de « non profits ») et privés. Le terme de gouvernance étant très largement utilisé aujourd’hui, il a semblé indispensable de bien définir ce qu’est une gouvernance territoriale locale transversale dans le cadre des démarches territoriales concertées. Ce chapitre vise donc à mieux cerner les tendances internationales que ce concept traduit et à identifier les différents champs de recherche correspondant à cette thématique au plan international. Le second chapitre porte sur une recherche comparative, longitudinale et abductive (4 années) portant sur les « stratégies concertées de développement durable des territoires » ou les « stratégies concertées de développement territorial durable » puisqu’il ne s’agit pas simplement d’environnement. Dans le contexte français, il s’agit notamment de démarches stratégiques concertées impliquant des élus et des « non élus » identifiés ici comme la « société civile ». Ce dossier d’HDR est l’occasion de rentrer de façon approfondie dans la posture épistémologique et dans le dispositif méthodologique spécifique utilisé aux différentes phases de cette recherche. En effet, comment postuler les éléments déterminants d’un processus et les impacts et valeurs ajoutées de ce processus avec une posture hypothético-déductive ? Pour éviter les biais, une posture abductive permettant d’alterner des phases inductives et des phases plus déductives a été adoptée. Parallèlement, des analyses intra-territoriales et inter-territoriales ont permis plusieurs types d’analyses comparatives. La remise en perspective dans le temps de ces analyses comparatives (en moyenne dix territoires sur la durée) et surtout les analyses rétrospectives à N+4 des facteurs identifiés en N+1, N+2, N+3…, forment une recherche du type des démarches évaluatives identifiées sous le nom de « mixed method » au niveau international. Ce second chapitre ne rend compte que des enseignements portant sur la notion de gouvernance territoriale locale. Les analyses montrent tout d’abord que la gouvernance territoriale locale transversale apparaît comme une « construction » progressive. De plus, les analyses montrent que le maintien dans le temps de la dynamique multi-acteurs impulsée autour de la notion de « Projet de territoire » ne se maintient que si il existe un noyau moteur d’élus et un noyau moteur d’acteurs de la société civile agissant comme des entrepreneurs au sens de la théorie néo-institutionnelle. Les analyses ont permis aussi d’identifier les déterminants des gouvernances locales transversales identifiés dans cette recherche comme « performantes ». Un facteur apparaît discriminant : l’ingénierie territoriale. L’ingénierie territoriale est très diversifiée et apparaît comme une compétence partagée à forte dimension managériale. Le noyau de compétence en jeu dans l’ingénierie territoriale généraliste peut être perçu comme un domaine spécifique de recherche : le management territorial. Le troisième chapitre de ce dossier d’HDR porte sur une expérience de formulation et d’implémentation d’une politique locale concertée emploi-santé-handicap. Il s’agit d’ouvrir la « boîte noire » des pratiques managériales mobilisées dans l’ingénierie territoriale généraliste sous-tendant la mise en place des démarches territoriales concertées. Pour cela, je suis revenue de façon rétrospective sur une expérience personnelle longue (8 années) au niveau départemental en Ile de France. Pour objectiver cette expérience, plusieurs techniques ont été utilisées. 1/ Les évaluations extérieures et intérieures menées sur la période des 8 années permettent de juger de la pertinence des conditions de formulation et d’implémentation. Elles permettent également de faire le lien entre les actions menées et leurs impacts ou valeurs 10 ajoutées. 2/ Une analyse complémentaire menée en fin de période a permis de comparer les dynamiques créées dans les différents départements d’Ile de France et de montrer le rôle important de l’intention stratégique initiale impulsée par les gouvernances territoriales. 3/ Une démarche de théorisation a posteriori, qui peut apparaître longue parfois, permet néanmoins de tirer des enseignements plus généraux de ce cas particulier. Ces éléments méthodologiques et épistémologiques sont développés dans une partie dédiée pour définir les conditions de validité de cette recherche. Cette recherche n’est pas une recherche-action au sens traditionnel du terme. Il s’agit d’une analyse rétrospective et d’une théorisation des phénomènes qui sont apparus les plus pertinents au regard de critères de durabilité et de pertinence des solutions locales mises en oeuvre. Néanmoins, les méthodologies d’intervention que j’ai pu utiliser à l’époque sont proches des grands principes historiques de la recherche-action notamment l’élaboration d’un diagnostic initial et sa mise en débat et son effet miroir. C’est pourquoi, je rappelle les grands principes de la recherche-action. En termes d’enseignements, cette recherche permet de montrer le caractère déterminant des différentes phases de problématisation, de négociation d’orientations communes et de co-constructions de solutions locales innovantes au sens de la théorie néo-institutionnelle, c’est-à-dire de recherche de nouveaux agencements institutionnels plus efficaces entre les organisations concernées. L’intégration des grands fondements de la recherche-action, de la théorie de l’acteur réseau ainsi que du cadre théorique du Collectif Mind permet de proposer un cadre théorique intégré permettant de mieux comprendre les déterminants de cette phase initiale de formulation de la politique locale concertée. Pour la phase d’implémentation, les différentes démarches d’évaluation sur la période permettent d’identifier certains vecteurs opérationnels susceptibles plus que d’autres de favoriser la coordination et l’action collective coordonnée et l’acquisition progressive d’une compétence inter-organisationnelle. Sont développées notamment les conditions d’émergence des communautés de pratique et leur capacité à créer un cercle vertueux favorisant les liens récursifs entre identité, expertise et compétences. C’est une thématique fait écho à une recherche précédente menée dans le cadre de ma thèse de doctorat. Parallèlement, d’autres vecteurs sont développés comme les projets collaboratifs. Enfin, cette recherche permet d’introduire la notion de « réseau stabilisé de compétences » comme résultant à la fois du processus de formulation d’une politique locale concertée et de son implémentation au travers d’actions et de vecteurs différenciés. Ce n’est pas la seule valeur ajoutée d’une politique locale concertée mais cette notion de « réseau stabilisé de compétences » permet une relecture des travaux portant sur la coordination et sur le capital social peu développés en matière d’éléments cognitifs en jeu dans la coordination en les complétant par les travaux portant sur les organisations hautement fiables et par la notion de routines organisationnelles développées à partir de l’école évolutionniste. Enfin, la conclusion permet de mettre en perspective ces deux recherches dans le cadre d’un travail qui doit permettre de postuler une capacité à encadrer des thèses de doctorat. Deux discussions transversales sont proposées. 1/ Quelles sont les différences entre les deux postures épistémologiques et méthodologiques sous-jacentes à ces deux recherches ? Quels sont les enseignements distinctifs que ces deux postures permettent d’apporter ? 2/ Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de ces deux recherches sur ce que l’on pourrait nommer « la conduite des démarches territoriales concertées ».
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HDR
Economies et finances. Université Pierre Mendès France, Grenoble II, 2010
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Contributeur : Sandrine Palmer <>
Soumis le : jeudi 7 janvier 2016 - 19:02:10
Dernière modification le : mardi 17 janvier 2017 - 11:06:49
Document(s) archivé(s) le : vendredi 8 avril 2016 - 13:36:06

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Valéry Michaux. Gouvernances et démarches territoriales concertées, conditions de performance et valeurs ajoutées : Une analyse à la lumière de recherches sur la performance collective, la coordination et les différentes formes de compétences collectives. Economies et finances. Université Pierre Mendès France, Grenoble II, 2010. 〈tel-01252626〉

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